Le marché de l’épicéa en France traverse une crise majeure en 2024. La prolifération du scolyte a saturé les forêts de l’Est de la France de bois infesté. En parallèle, la demande pour les sciages est en baisse. Depuis deux ans, les volumes consommés et les prix chutent, ce qui place les scieries spécialisées dans les résineux blancs en grande difficulté. Ces dernières devraient enregistrer d’importantes pertes financières cette année.
Le secteur de la construction en difficulté
Le secteur de la construction, principal moteur de la demande en bois, reste fortement touché. Les mises en chantier de logements individuels ont diminué de 34 % en 2024 par rapport aux niveaux d’avant la crise. Malgré une légère baisse des taux d’intérêt, ils restent élevés et ralentissent les investissements. L’inflation réduit également le pouvoir d’achat des ménages. Même le secteur de la rénovation montre des signes de ralentissement. Ces conditions renforcent les difficultés des scieries.
Une chute continue des prix du bois scié
Les prix des sciages illustrent bien cette crise. Les fermes de toit standard, qui atteignaient 320 €/m³ départ scierie en 2022, se négocient actuellement entre 220 et 230 €/m³. Certains opérateurs proposent même 210 €/m³. En deux ans, les prix ont chuté de 30 %, et cette tendance devrait se poursuivre dans les mois à venir. Un industriel de l’Est rapporte que les commandes sont en baisse depuis octobre, ce qui accentue la pression sur les prix.
| Type de bois (épicéa-sapin) | 2e trim. 2022 | 3e trim. 2023 | 3e trim. 2024 | Évolution (%) |
|---|---|---|---|---|
| Choix 2 (Poutres, solives) | 318 € | 270 € | 239 € | -24,8 % |
| Choix 3 (Planches bordées) | 279 € | 206 € | 184 € | -34 % |
| Choix 4 (Planches, toutes largeurs) | 232 € | 162 € | 173 € | -25,4 % |
Une crise partagée avec l’Europe
Les scieries françaises ne sont pas seules dans cette crise. En Allemagne, la construction est en forte baisse, avec seulement 160 000 logements construits par an, bien loin des 400 000 visés par le gouvernement. Le groupe Ziegler, la plus grande scierie allemande, a déposé le bilan. En Autriche, les principaux industriels enregistrent aussi des baisses de revenus importantes, atteignant parfois -32 %.
Impact des scolytes et pressions sur les scieries
Dans le Jura, une offre excédentaire de bois charpentier fait chuter les prix à 40-50 €/m³. Par ailleurs, les grumes infestées de scolytes, mieux valorisées, sont vendues entre 55 et 65 €/m³. Ces prix, combinés à une baisse de rendement, n’aident pas à redresser les marges des scieries. Lors de la vente ONF du 15 novembre 2024, dans le Jura, le prix moyen est descendu à 50 €/m³, avec un taux d’invendus de 42 %. Ces chiffres confirment les grandes difficultés du secteur.
Les scieurs anticipent une année 2025 compliquée. « Hormis une légère baisse des taux d’intérêt bancaires, je ne vois pas de signaux positifs à l’horizon », confie un scieur.